La présidence roumaine de l’UE vise à renforcer l’approche « Un monde, une santé » en Europe afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens

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Il est largement reconnu que la résistance aux antimicrobiens constitue l’une des plus grandes menaces pour la santé, le bien-être et la sécurité alimentaire au XXIe siècle. On estime que 700 000 personnes dans le monde meurent annuellement à la suite d’infections pharmacorésistantes, et 33 000 décès sont signalés chaque année rien que dans l’Union européenne (UE) et l’Espace économique européen (EEE) – un nombre d’ailleurs en augmentation.

L’impact économique est également important : on chiffre en effet à 1,5 milliard d’euros par an le coût des soins de santé et la perte de productivité dus à la résistance aux antimicrobiens dans l’UE.

L’Europe joue depuis longtemps un rôle de chef de file dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Cela fait plus de vingt ans que la Commission européenne et ses agences collaborent étroitement avec les pays de l’UE afin de lutter contre cette menace. Plusieurs pays ont profité de leur présidence du Conseil de l’UE pour mettre davantage l’accent sur les stratégies nécessaires pour juguler ce fléau. Grâce à ces efforts, tous les pays de l’UE/EEE disposent désormais d’un plan d’action national de lutte contre la résistance aux antimicrobiens ou procèdent actuellement à l’élaboration d’un tel plan. Cependant, il est encore possible de faire mieux.

La Roumanie, qui assure actuellement la présidence de l’UE, vise à poursuivre ces efforts en se concentrant spécifiquement sur l’adoption de l’approche « Un monde, une santé » afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens. Reconnaissant qu’un secteur ne peut à lui seul assurer le bon usage des antibiotiques, cette approche permet d’unir les forces des professionnels de la santé humaine, animale et environnementale – ces derniers étant collectivement résolus à préserver l’efficacité des antibiotiques.

Définir les grandes priorités et les prochaines étapes de la lutte contre la résistance aux antimicrobiens en Europe

La Roumanie a défini 3 objectifs clés en matière de résistance aux antimicrobiens :

  1. améliorer la qualité des mesures de prévention et de lutte anti-infectieuses et optimiser l’usage des antimicrobiens dans les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale ;
  2. renforcer la mise en œuvre des plans d’action nationaux selon l’approche « Un monde, une santé » ;
  3. encourager la solidarité entre les pays par la collaboration dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens.

Le pays a accueilli une réunion les 28 février et 1er mars 2019 afin de définir les prochaines étapes du processus qui permettra à l’UE de devenir un modèle des meilleures pratiques en matière de lutte contre la résistance aux antimicrobiens par l’adoption de l’approche « Un monde, une santé ».

Des représentants de haut niveau des principales agences de la Commission européenne, telles que le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTÉ), ainsi que des délégués des États membres de l’UE et d’autres experts, notamment de l’OMS/Europe, étaient présents à cette réunion.

S’exprimant à cette occasion, le docteur Nedret Emiroglu, directrice de la Division des situations d’urgence sanitaire et des maladies transmissibles à l’OMS/Europe, a félicité la Roumanie pour sa décision de se concentrer sur l’approche « Un monde, une santé », la qualifiant de « seul moyen viable de combattre la résistance aux antimicrobiens ».

Le docteur Emiroglu a souligné que l’OMS s’est associée à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) pour inciter les gouvernements à adopter une telle approche.

Elle a ajouté que « si disposer d’un plan d’action national complet dans ce domaine constitue un bon départ, ce n’est que le début, et le vrai travail doit commencer une fois que le plan a été mis en place. Nos actions collectives à l’appui de ces efforts détermineront ce que sera la santé publique au cours des décennies à venir. »

La réunion prévoyait notamment un exercice de simulation de 90 minutes dirigé par l’ECDC. Ainsi les pays ont-ils eu l’occasion d’examiner les mesures à prendre en cas de grave flambée de résistance aux antimicrobiens, et de proposer des interventions en vue d’améliorer les pratiques futures. L’exercice a permis d’établir l’émergence et la propagation d’une souche de bactérie difficile à traiter et extrêmement pharmacorésistante. Le contexte était le même que celui de toute autre maladie hautement infectieuse survenant dans une population où une action rapide et décisive peut aider à en limiter autant que possible l’impact.

Une note d’orientation, publiée conjointement par la présidence roumaine de l’UE et l’Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé, a également été lancée lors de la réunion. Elle contient une analyse de l’impact sanitaire et économique de la résistance aux antimicrobiens, mais évoque également les options politiques et les interventions prioritaires qui peuvent être mises en œuvre afin de la combattre. En outre, la note d’orientation examine l’importance de la gouvernance dans l’application réussie des plans d’action nationaux de lutte contre la résistance aux antimicrobiens fondés sur l’approche « Un monde, une santé ».