L’Espagne emmène le mouvement réclamant des mesures urgentes pour améliorer la sécurité des patients

Spanish Ministry of Health

(Photo : ministère espagnol de la Santé/Daniel Catalán)

3 juin 2010

Dans la Région européenne de l’OMS et au-delà, les experts de la santé s’accordent à dire que des mesures urgentes sont requises pour lutter contre les infections nosocomiales et la résistance aux antimicrobiens. Dans l’Union européenne, les infections nosocomiales affectent chaque année plus de 4 millions de patients, entraînant 16 millions de journées d’hospitalisation supplémentaires et un impact économique annuel de quelque 7 milliards d’euros.

Lors d’une réunion organisée aujourd’hui à Madrid (Espagne) par le ministère espagnol de la Santé et de la Politique sociale, Mme Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe, a expliqué que l’on établit souvent un lien entre, d’une part, les infections nosocomiales et la résistance aux antimicrobiens et, d’autre part, des systèmes de santé déficients. Mme Jakab a félicité le gouvernement espagnol, qui occupe actuellement la présidence de l’Union européenne, pour avoir attiré l’attention des décideurs sur ce problème urgent. Elle a souligné qu’il était crucial que le public sache quand et comment employer des antibiotiques, grâce à des campagnes d’information telles que la Journée européenne de sensibilisation aux antimicrobiens, qui a lieu le 18 novembre de chaque année.

Depuis leur découverte, au XXe siècle, les antibiotiques et médicaments apparentés (comme la pénicilline, la streptomycine et plus de 150 autres) ont sensiblement affaibli la menace posée par les maladies infectieuses, permettant ainsi de sauver la vie et d’adoucir les souffrances de millions de personnes.

Ces dernières années, toutefois, ce progrès médical a été remis en question par l’émergence de microbes résistants aux médicaments peu coûteux et jusque là efficaces qui étaient disponibles (médicaments de première ligne). Les patients souffrant d’infections provoquées par des microbes résistants ne réagissent pas au traitement, ce qui allonge la durée de leur maladie et augmente le risque d’une issue fatale. Lorsque les médicaments de première ligne se révèlent inefficaces, il convient d’administrer des médicaments de deuxième ou de troisième ligne, presque certainement plus chers et souvent plus toxiques.

Les maladies pour lesquelles apparaît une résistance à la plupart des médicaments actuellement disponibles constituent le point le plus alarmant. La tuberculose multirésistante, insensible aux principaux médicaments de première ligne (isoniazide et rifampicine), et la tuberculose ultrarésistante, insensible aux médicaments de première et de deuxième ligne, sont particulièrement préoccupantes dans la Région européenne de l’OMS.

Le comportement de l’homme a amplifié et accéléré la résistance aux antimicrobiens par l’effet conjugué d’une surconsommation dans de nombreuses régions du monde, d’un usage abusif dû à l’absence d’accès à un traitement approprié et d’une administration insuffisante de médicaments par manque de fonds nécessaires pour mener à bien le traitement.

L’attitude de l’OMS par rapport aux infections nosocomiales et à la résistance aux antimicrobiens consiste essentiellement à conclure des partenariats avec les acteurs concernés et à s’attaquer aux problématiques multidisciplinaires. Cette manière d’envisager les choses s’inscrit dans le prolongement de la Stratégie mondiale OMS pour la maîtrise de la résistance aux antimicrobiens (2001) et englobe le renforcement des systèmes de santé, la lutte contre les infections et la promotion d’un meilleur usage des antibiotiques, la sécurité des patients, la sécurité alimentaire et la maîtrise des zoonoses, ainsi que les programmes destinés à endiguer la tuberculose, le VIH/sida et le paludisme.

Le renforcement de la surveillance dans toute la Région européenne de l’OMS – grâce à des projets tels que la Surveillance européenne de la consommation d’antimicrobiens (ESAC), financée par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), et à des réseaux tels que le Système européen de surveillance de la résistance aux antimicrobiens – revêt également une importance essentielle pour l’évaluation et le suivi de cette problématique.
L’OMS promeut une stratégie en quatre axes pour l’élaboration de plans d’action nationaux visant à lutter contre la résistance antimicrobienne :

  • une surveillance permettant de circonscrire le problème ;
  • une prévention pour ralentir l’émergence des infections nosocomiales et d’une résistance aux antimicrobiens ;
  • un endiguement pour limiter leur propagation ;
  • de la recherche pour élaborer de nouveaux outils.

La résistance aux antimicrobiens sera le thème de la Journée mondiale de la santé du 7 avril 2011.