La santé publique de nouveau la priorité des pays européens

La santé publique de nouveau la priorité des pays européens

11-03-2011
La deuxième journée du Forum européen sur la politique de la santé organisé en Andorre a été spécialement consacrée aux systèmes de santé et à la santé publique. Les pays ont évoqué les progrès qu'ils ont accomplis en matière de réformes de la santé, parfois dans des conditions économiques difficiles, depuis l'adoption en 2008 de la Charte de Tallinn : « des systèmes de santé pour la santé et la prospérité. »

Mme Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe, a rappelé aux participants les paroles de Gandhi : « La vraie richesse, c'est la santé, non les pièces d'or et d'argent. » L'OMS préconise une approche pangouvernementale, et promeut la santé dans tous les secteurs. Le mode de fonctionnement réglementaire et centralisé est remplacé par des méthodes plus participatives. L'accent est de nouveau mis sur la santé publique. L'OMS recense actuellement les progrès réalisés depuis la Charte de Tallinn et procédera à une évaluation pour le Comité régional de l'OMS pour l'Europe.

Le docteur Hans Kluge, directeur de la Division des systèmes de santé et de la santé publique à l'OMS/Europe, a évoqué certaines des interventions mises en œuvre en conformité avec les principes de la Charte en matière d'équité, de solidarité, de meilleur ciblage des ressources publiques et de révision de la prestation de services destinés aux populations difficilement accessibles. Un certain nombre de pays, dont la Belgique, la Bulgarie, la Géorgie, le Kirghizistan, la République de Moldova, la République tchèque, la Serbie et d'autres pays d'Europe du Sud-Est, ont obtenu des résultats concrets dans des domaines tels que l'augmentation de la couverture vaccinale, la révision des services destinés à des communautés spécifiques telles que les Roms, l'évaluation de la performance de la santé, les droits des patients et les services d'assistance sur Internet, ainsi que la diminution des paiements directs. Des pays comme l'Estonie, la Lettonie et l'Arménie ont profité de la crise économique pour collecter des bases factuelles et mettre en place un processus d'établissement des priorités afin de protéger les secteurs et domaines les plus importants et de procéder à une allocation plus efficace des ressources.

Les défis de la santé publique en Europe

Le docteur José Martin-Moreno s’est penché sur les défis de la santé publique en Europe, en évoquant d’abord la prévalence croissante des maladies non transmissibles qui concourent désormais à plus de 85 % de la charge de morbidité dans la Région européenne de l’OMS. La lutte contre ces maladies, et l’élimination des facteurs de risque relatifs aux modes de vie qui y sont associés, impliqueront la participation directe des citoyens ; le droit à la santé est un droit humain, et il est important de garantir le maintien des systèmes de santé et de la santé publique. Or, les services de soins de santé n’en sont qu’une composante. Les services de santé publique de nombreux pays sont inadéquats, ce qui pose d’importants défis à la santé et à l’équité.

Définir la santé publique s’est révélé problématique. C’est à la fois une science et un art. Il s’agit de prévenir les maladies, de prolonger la vie et de promouvoir la santé. Bien que les bases factuelles soient essentielles, les interventions doivent être mises en œuvre dans un contexte d’incertitude. Les ministres de la Santé sont non seulement responsables des soins de santé, mais aussi de la santé publique et des considérations relatives à la qualité de vie. Le docteur Martin-Moreno a énuméré dix opérations essentielles de santé publique, et évoqué la nécessité de mettre à jour les modes de communication afin de refléter les possibilités actuelles. Les professionnels de la santé publique et des soins primaires collaborent étroitement, et les systèmes de santé peuvent renouveler leurs travaux en matière de santé publique.

Enfin, il a souligné le rôle de l’OMS qui soutient les États membres dans leurs initiatives stratégiques visant à améliorer la santé, et rappelé aux participants que « nous sommes au service des citoyens, qu’ils soient malades ou en bonne santé. Ce sont tous des patients potentiels, tous des personnes avec un visage et un cœur, de la dignité et des sentiments. Ils sont la raison même de notre mission. »

Besoin d'indicateurs mesurables et d'informations standardisées

Les représentants des pays ont fait part de leur expérience dans l'examen d'une approche systématique pour les opérations et les services de santé publique, mentionnant l'importance de disposer d'indicateurs mesurables afin que les données puissent servir à convaincre d'autres secteurs. Les informations standardisées ont permis d'établir des comparaisons avec d'autres pays, et les décideurs en ont tenu compte. La nouvelle Division de l’information, des bases factuelles, de la recherche et de l’innovation à l'OMS/Europe collabore avec l'Union européenne et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) afin d'élaborer un système d'information sanitaire intégré pour la Région européenne de l'OMS. L'OMS/Europe maintient sa base de données de la Santé pour tous et a publié un atlas sur les inégalités sociales.

Évaluation de la performance pour une plus grande responsabilisation

Le professeur Peter Smith de la Business School et du Centre for Health Policy à l'Imperial College London (Royaume-Uni) a évoqué, comme moyen d'encourager la responsabilisation, le recours à l'évaluation de la performance. En effet, celle-ci permet non seulement d'attester les résultats du système de santé, mais elle est aussi essentielle à son bon fonctionnement et à son bon développement. Ses recherches ont montré que seulement 10 % des variations des résultats en matière de santé sont directement liées aux soins médicaux, 40 % au comportement et 15 % aux conditions sociales. Pour améliorer la santé, les pays doivent agir sur les déterminants là où ils peuvent être modifiés. Le professeur Smith a mis en évidence six domaines : la santé de la population et la performance des services de santé, la réactivité, la protection financière, l'équité et la productivité (efficacité).

Étant donné les différents outils et éléments de preuve, quelles mesures pourraient prendre les pays en termes concrets ? Les pays utilisent-ils de manière productive l'évaluation de la performance du système de santé ? Les représentants de plusieurs pays ont répondu en faisant part d'expériences différentes, la plupart d'ailleurs positives. Néanmoins, une évaluation réalisée par des experts externes, comme l'OMS, pourrait avoir plus d'impact que celle menée par les professionnels déjà sur place, même s'ils fournissent un bagage de conseils similaire.

De nombreux pays sont confrontés à une évolution rapide de la situation politique ou économique. L'un d'entre eux s'éloigne d'ailleurs du modèle sophistiqué et centralisé de gestion de la performance et abandonne la tradition du ciblage (« on atteint parfois la cible, mais en passant à côté du sujet ») pour mettre l'accent sur les résultats au niveau de la santé et les incitants sanitaires. La collaboration intersectorielle reste un défi, et les soins aux personnes âgées et le maintien de leur santé constituent un besoin urgent.

La dernière séance était consacrée aux activités de l'OMS/Europe en vue d'élaborer un plan d'action européen sur les maladies non transmissibles. Le docteur Gauden Galea, directeur de la Division des maladies non transmissibles et de la promotion de la santé à l'OMS/Europe, a recensé et proposé neuf domaines potentiels où une action concrète ferait la différence, tels que la réduction de la consommation de sel, l'élimination des matières grasses trans, l'évaluation du risque cardiométabolique secondaire et le dépistage du cancer, en particulier le cancer colorectal, du col de l'utérus et du sein. L'OMS/Europe élaborera également un plan d'action sur l'alcool. Parmi les réunions importantes prévues en 2011 sur les maladies non transmissibles, il convient de mentionner l'événement mondial organisé à Moscou (Fédération de Russie), suivi de la consultation de haut niveau des Nations Unies à New York (États-Unis). Un grand nombre de sujets doivent encore être débattus ; les stratégies de communication et d'information sont essentielles, et les jeunes sont particulièrement importants :  les individus adoptent leurs habitudes à l'adolescence et peuvent être facilement manipulés à ce stade de l'existence. Les participants se sont félicités de l'élaboration du plan d'action sur les maladies non transmissibles qui, d'ailleurs, leur paraît indispensable.