Prévention et lutte contre les maladies non transmissibles au Kirghizistan : analyse de la rentabilisation

WHO/Tina Kiaer

Salt reduction is one of the most cost-effective interventions to reduce the NCD burden in Kyrgyzstan.

La santé et l’économie bénéficieraient d’un investissement dans la prévention des maladies non transmissibles

Le Kirghizistan enregistre une perte de près de 4 % de son produit intérieur brut en raison de maladies non transmissibles comme le cancer, les maladies cardiovasculaires, le diabète et les maladies respiratoires chroniques. Ces maladies et leurs facteurs de risque posent un défi grandissant au développement et à la santé publique. Les maladies cardiovasculaires, par exemple, sont à l’origine de la moitié de la mortalité totale observée dans le pays.

Selon un nouveau rapport de l’OMS et du gouvernement kirghiz, la prise de mesures de prévention à cet égard permettrait non seulement d’améliorer la santé de la population, mais aussi d’obtenir un retour sur investissement 12 fois supérieur au coût même de l’intervention. Ce rapport fait partie d’une série de rapports publiés par l’OMS/Europe en collaboration avec le Groupe spécial interorganisations des Nations Unies sur les maladies non transmissibles et le Programme des Nations Unies pour le développement.

Le rapport a été lancé lors d’un forum multipartite organisé le 20 septembre 2017 à Bichkek conjointement avec les agences partenaires des Nations Unies. L’analyse du fardeau économique induit par les maladies non transmissibles, des dépenses liées aux interventions et du retour sur investissement permet de déduire que les économies réalisées grâce à l’amélioration de la santé de la population excèdent souvent et de loin l’investissement nécessaire pour réduire la prévalence des maladies non transmissibles.

Les coûts des soins de santé ne sont que la partie visible de l’iceberg

La mortalité prématurée, la morbidité et l’invalidité associées aux maladies non transmissibles ont un impact négatif sur le développement socioéconomique. Comme dans de nombreuses régions du monde, ces maladies entraînent une forte augmentation des dépenses de santé au Kirghizistan. Selon des estimations, les pouvoirs publics ont dépensé 54 millions d’USD en 2015 pour traiter les 4 principales maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, diabète, cancer et maladies respiratoires).

Cependant, il ressort de l’analyse des incidences économiques provoquées par ces maladies que les dépenses publiques consenties aux soins de santé ne sont en fait que la partie visible de l’iceberg. Les coûts supplémentaires induits indirectement par la perte de productivité sont presque 4 fois plus élevés (environ 213 millions d’USD).

Les maladies non transmissibles coûtent à l’économie du Kirghizistan environ 250 millions d’USD au total par an, un montant qui équivaut à 3,9 % du produit intérieur brut annuel.

Des interventions rentables

Au Kirghizistan, les mesures de prévention contre les maladies non transmissibles sont relativement peu coûteuses et présentent un bon rapport coût-efficacité. L’analyse porte sur les coûts de l’action relative à la lutte antitabac, à l’inactivité physique et à une mauvaise alimentation, et d’un ensemble d’interventions cliniques contre les maladies cardiovasculaires et le diabète.

Un rapport coûts-avantages de 12 pour 1 sur les investissements

Si l’on se base sur la modélisation économique issue de l’analyse du retour sur investissement, les mesures les plus rentables au Kirghizistan sont en fait l’ensemble des interventions menées afin de réduire la consommation de sel. Les mesures de lutte antitabac, notamment par une majoration fiscale, et l’accroissement de l’activité physique dans la population présentent également un très bon rapport coût-efficacité.

Les avantages économiques de ces interventions dépassent de loin leurs coûts, en particulier à long terme. Le rapport coûts-avantages des politiques de réduction de la consommation de sel est de l’ordre de 12 pour 1 sur une période de 15 ans.

Augmentation du fardeau économique des maladies non transmissibles

Les maladies cardiovasculaires concourent à 50 % de la mortalité totale au Kirghizistan. Si près de la moitié de la population adulte (43 %) souffre d’hypertension, la majorité des personnes concernées (79 %) ne prennent pas d’antihypertenseurs. En outre, 45 % des hommes fument, 1 personne sur 5 est obèse, et l’on estime que le Kirghizistan affiche l’un des taux les plus élevés de consommation de sel au monde.

La croissance démographique observée au Kirghizistan, la jeunesse relative de sa population et la hausse de la prévalence des facteurs de risque des maladies non transmissibles laissent à penser que si aucune mesure n’est rapidement prise, les coûts induits par ces maladies croîtront davantage. Cette situation se traduirait par un très important ralentissement de l’économie du pays.

L’OMS/Europe et le bureau de pays de l’OMS au Kirghizistan ont coordonné la préparation du rapport dans le cadre de l’accord de collaboration biennal conclu entre le ministère kirghiz de la Santé et l’OMS/Europe pour 2016-2017. Ce rapport, ainsi que le projet d’analyse de rentabilisation au Kirghizistan, ont été rendus possibles grâce au financement du gouvernement de la Fédération de Russie.