Couverture sanitaire : le lien entre difficultés financières et politiques inadéquates

WHO/Malin Bring

Publiée à l’occasion de la Journée de la couverture sanitaire universelle, une nouvelle analyse de l’OMS/Europe, parue en même temps qu’un rapport mondial pour l’étude de la couverture sanitaire universelle, compare la protection financière en Estonie, en Lettonie et en Tchéquie. Cette analyse conclut que les ménages de ces pays très similaires ne connaissent pas du tout les mêmes difficultés financières en cas de recours à des services de santé.

Selon ce rapport, la fréquence à laquelle des débours directs catastrophiques et ruineux (dépassant 40 % de la capacité d’un ménage à payer des soins de santé ou qui le plongent dans la pauvreté) sont exigés de l’utilisateur est très faible en Tchéquie, plus élevée en Estonie et parmi les plus élevées d’Europe en Lettonie.

« Les travaux de l’OMS/Europe sur la protection financière sont une réponse à l’appel lancé par les États membres, qui souhaitaient qu’une étude soit réalisée dans les pays, avec des méthodes adaptées aux pays à revenus élevé et moyen », déclare Tamás Evetovits, chef du bureau de Barcelone pour le renforcement des systèmes de santé de l’OMS, qui fait partie de la Division des systèmes de santé et de la santé publique. « Même dans les pays d’Europe, bien développés sur le plan économique, nous constatons que certains rencontrent des difficultés financières. »

Les ménages et les retraités les plus pauvres sont les plus durement touchés par les paiements à charge du patient

Selon les conclusions du rapport, ce sont les ménages les plus pauvres de ces 3 pays qui supportent la majeure part des frais de santé catastrophiques. En Estonie et en Lettonie, les ménages de retraités courent un risque élevé d’être confrontés à des paiements catastrophiques, en particulier pour les médicaments, mais ce n’est pas le cas en République tchèque.

Politiques de couverture sanitaire : des différences qui ont un impact sur les difficultés financières rencontrées

« Notre analyse tend à prouver que les différences concernant le niveau de difficultés financières rencontrées peuvent s’expliquer par des différences dans les politiques de couverture sanitaire : qui est couvert par les dépenses publiques, pour quelles prestations et quel montant », note Sarah Thomson, spécialiste principale du financement de la santé à l’OMS/Europe.

« La politique de couverture sanitaire est le principal mécanisme déterminant à quel degré les ménages sont exposés à des débours directs. Elle détermine également le mode de répartition des paiements directs entre les groupes de revenu », explique-t-elle.

Le rapport constate qu’en Estonie et en Lettonie, les paiements directs (frais à charge de l’utilisateur) pour les médicaments ambulatoires font peser de manière disproportionnée la charge du coût des soins de santé sur ceux qui peuvent le moins se permettre de payer de leur poche : les pauvres, les personnes souffrant de maladies chroniques et les personnes âgées.

Comment remédier aux difficultés financières

En Tchéquie, la politique des paiements à charge de l’utilisateur est mieux structurée : on paie un faible montant fixe pour les services de santé et les médicaments, plutôt qu’un pourcentage du prix ; les personnes vulnérables sont exemptées de paiements directs ; et il y a un plafonnement des frais à charge du patient pour tout le monde, avec une protection encore plus grande pour les moins de 18 ans ou les personnes âgées de 65 ans et plus.

En conséquence, le nombre de ménages tchèques devant faire face à des paiements directs catastrophiques est peu élevé, les médicaments ambulatoires ont un prix abordable et les retraités ne connaissent pas de difficultés financières excessives.

« Bien que les populations de la plupart des pays européens aient droit à des services de santé financés par les fonds publics, il ne s’agit pas d’une garantie de protection financière », explique Tamás Evetovits. « Les politiques visant à réduire le montant des paiements directs, en particulier pour les pauvres, sont essentielles pour progresser sur la voie de la couverture sanitaire universelle. »

De nouvelles bases factuelles peuvent orienter l’Europe vers la couverture sanitaire universelle

Dans les prochains mois, l’OMS/Europe publiera une série de rapports distincts sur la protection financière dans 25 pays. Basée sur une nouvelle méthode de mesure de la protection financière, l’analyse contextuelle de ces rapports produit des données probantes que les décideurs politiques peuvent exploiter pour progresser vers la couverture sanitaire universelle. L’objectif d’une couverture sanitaire universelle – assurer à tous l’accès à des services de santé de qualité sans que cela ne provoque de difficultés financières – est énoncé à la cible 3.8 des objectifs de développement durable.

La méthode adoptée par l’OMS/Europe pour mesurer la protection financière vient compléter les méthodes de mesure mondiales, en tenant compte des différences dans la capacité des ménages à débourser de l’argent pour leur santé.

Les conclusions d’une analyse régionale comparative seront présentées lors d’une réunion technique de haut niveau (« Des systèmes de santé pour la prospérité et la solidarité : ne laisser personne de côté ») accueillie à Tallinn (Estonie) en juin 2018 par le gouvernement estonien pour célébrer les 10 ans de la Charte de Tallinn : des systèmes de santé pour la santé et la prospérité.