Prix 2015 de la Journée mondiale sans tabac

Chaque année, l'OMS décerne les prix de la Journée mondiale sans tabac à des personnes et/ou à des organismes soigneusement sélectionnés en reconnaissance de leurs succès en matière de lutte contre le tabagisme et de mise en œuvre de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac.

Ces distinctions récompensent les réalisations internationales dans le cadre de la lutte contre l'épidémie mondiale de tabac et de la promotion des initiatives et politiques visant à combattre le tabagisme. Elles sont octroyées à des personnes et/ou à des organisations sélectionnées pour leur engagement à long terme et leur contribution remarquable à la recherche, à la sensibilisation, à la promotion de la santé, au renforcement des capacités et à d'autres activités pour la promotion de la lutte antitabac et l'application des lois en la matière. Dans la Région européenne de l'OMS, les personnes et organismes suivants ont été sélectionnés pour recevoir un prix de la Journée mondiale sans tabac.

M. Luk Joossens, Belgique

Luk Joossens est depuis longtemps le plus éminent expert européen du commerce illicite du tabac ; il est, depuis plus de 30 ans, l'une des personnalités les plus en vue de la communauté européenne des adversaires du tabac. Il a écrit de nombreux articles scientifiques, conseillé des organismes internationaux et contribué aux débats intergouvernementaux dans ce domaine de la lutte contre le tabagisme.

La longue liste d'articles spécialisés, publiés depuis le début des années 90, dont il est l'auteur ou le co-auteur témoigne de ses connaissances en matière de commerce illicite du tabac et de contrebande de cigarettes. Il s'agit de plus de 30 articles scientifiques soumis à un examen collégial, portant sur la contrebande de cigarettes, les achats transfrontaliers, le commerce illicite des produits du tabac, les systèmes de lutte contre la contrebande, les chaînes d'approvisionnement du tabac ainsi que le rôle de Codentify et des emballages normalisés à l'échelon national, européen, régional et international. 

Son travail consultatif englobe également les négociations intergouvernementales dans le contexte du Protocole pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. Dans ses fonctions actuelles à l'Association des ligues européennes contre le cancer, il a joué un rôle précieux pour la révision, entre 2009 et 2014, de la directive de l'Union européenne sur les produits du tabac de 2001, en particulier dans le cadre des débats concernant l'article 15 de cette directive sur la traçabilité des produits du tabac. Au cours de ces 30 dernières années, M. Joossens a contribué un nombre incalculable de fois aux succès de la lutte antitabac à l'échelon national, européen et international, en particulier dans le domaine du commerce illicite de tabac.

M. Ilir Beqaj, ministre de la Santé, Albanie

La Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac a été ratifiée par l'Albanie en 2006. La même année, une nouvelle loi contre le tabagisme a été adoptée. Cette loi n'a été que mollement mise en œuvre en raison de l'absence d'une volonté politique affirmée et du manque d'impulsions mobilisatrices. Depuis qu'il est devenu ministre de la Santé, en septembre 2013, M. Beqaj a fait preuve d'exceptionnels talents de direction et d'un grand attachement à renforcer la mise en œuvre de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, et ce par des mesures allant de textes législatifs à un partenariat conclu avec la population albanaise pour obtenir le plein appui de cette dernière. Quelques exemples de mesures prises sous sa direction :

  • une loi apportant des amendements à la loi « sur les accises en République d'Albanie » qui impose des amendes et des peines plus sévères en cas de production de tabac non autorisée ;
  • une loi apportant des amendements à la loi « sur la protection de la santé face aux produits du tabac » qui impose (a) une éducation par les médias et une information en ligne, (b) une interdiction de fumer dans les lieux publics, (c) le renforcement des capacités institutionnelles pour l'application de la loi, dont celles de l'Inspection sanitaire de l'État et des services des impôts et (d) une importante augmentation des amendes et peines de l'État en cas de violation de la loi ;
  • le renforcement des capacités institutionnelles pour l'application de la loi : à partir de janvier 2014, l'Inspection sanitaire de l'État, récemment créée, a été déployée dans tout le pays et a entrepris de contrôler la mise en œuvre de la loi contre le tabagisme et d'inspecter les lieux publics ;
  • un partenariat avec la population afin de diffuser les campagnes contre le tabagisme.

Professeur Murat Tuncer, Président de l'Université Hacettepe, Ankara, Turquie

Le professeur Murat Tuncer est le recteur (président) de l'Université Hacettepe d'Ankara en Turquie, où il est interdit de fumer dans les aires extérieures. Ce changement a pris effet dès le début du semestre de printemps 2012, à la suite de la nomination du professeur Tuncer au poste de recteur.

Cette université a appliqué une stratégie progressive de restriction de l'usage de tabac dans les aires extérieures. En 2012, le recteur a interdit de fumer dans et à proximité des bâtiments du campus. Hacettepe University est la première université de Turquie à bannir complètement l'usage du tabac à l'intérieur et à adopter des interdictions partielles pour les aires extérieures. Le professeur Tuncer projette à présent de bannir la cigarette de tous les campus de l'Université Hacettepe et d'introduire une interdiction complète de vendre tout type de produit du tabac, afin que l'Université Hacettepe devienne la première université sans tabac de Turquie, et d'Europe. Il a mis sur pied le Centre pour la recherche et la formation sur la lutte et la taxation contre le tabac à l'université Hacettepe et a accueilli de nombreuses réunions internationales et régionales sur la lutte antitabac, pour lesquelles l'OMS a apporté une assistance technique aux autres délégations de pays visitant la Turquie dans ce cadre.

Avant d'être élu recteur, le professeur Tuncer a été directeur du service de lutte contre le cancer au ministère turc de la Santé, où il a lutté activement contre le tabagisme.

Professeur Tibor Baška, coordonnateur du système mondial de surveillance du tabagisme, Slovaquie

Le professeur Baška participe à la lutte contre le tabagisme depuis les années 90, époque à laquelle il a commencé à travailler dans le domaine de l'épidémiologie des drogues et la prévention des toxicomanies au sein de la population. Depuis 2002, il est coordonnateur du système mondial de surveillance du tabagisme en Slovaquie. Il a dirigé plusieurs études, dont l'enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes, l'enquête mondiale sur les étudiants se formant aux professions de santé et l'enquête mondiale sur les personnels scolaires.

Le professeur Baška a été l'un des premiers experts de la Région européenne à entamer l'analyse des données recueillies dans le cadre du système mondial de surveillance du tabagisme et des publications connexes. Ces dix dernières années, une série d'articles scientifiques ont été publiés sous sa direction dans l'International Journal of Public Health et dans Tobacco Control. Ces articles ont contribué de façon significative à faire comprendre les aspects épidémiologiques de la consommation de tabac en Europe et ont intensifié le recours à des politiques fondées sur des bases factuelles.

Centre de sensibilisation et de développement du Kosovo (KADC) 

Le KADC a participé activement, au niveau gouvernemental, à la réforme et à la mise en œuvre des politiques de lutte contre le tabac. Ce Centre a joué un rôle pivot en faveur de l'adoption d'une législation sévère et complète pour la lutte antitabac, qui bannit toute forme de promotion et de parrainage et impose une interdiction de fumer dans les lieux publics et au travail.

Le KADC a mobilisé les organisations les plus actives de la société civile du Kosovo pour qu'elles signent une déclaration commune (signée par 56 organisations de la société civile) demandant l'approbation de la loi sur la lutte antitabac au Kosovo par le Parlement et le président. Afin d'intensifier la participation citoyenne et de coordonner les efforts menés conjointement pour instaurer un environnement sans tabac, le KADC a mis sur pied la vaste « coalition antitabac », qui comprend des institutions gouvernementales et non gouvernementales telles que le ministère de la Santé, la commission parlementaire de la santé, l'institut national de santé publique, le bureau de l'OMS au Kosovo, l'UNICEF et un certain nombre d'organisations de la société civile.

Après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi antitabac, en 2013, le KADC a aidé le ministère de la Santé à élaborer le plan d'action national pour l'application des politiques de lutte contre le tabagisme et épaulé les autorités d'inspection pour le développement et le renforcement de leurs capacités. Quelques autres initiatives :

  • l'orchestration de la campagne de sensibilisation « Respirer librement » visant à promouvoir les mesures récemment adoptées de bannissement intégral du tabac ;
  • un système d'information automatisé pour la traçabilité et le suivi des visites d'inspection antitabac dans les établissements de santé ;
  • un rapport sur le respect des dispositions antitabac dans tout le Kosovo, qui a attiré une large couverture médiatique et contribué à une meilleure mise en œuvre et à l'intensification du travail des inspecteurs pour faire respecter l'interdiction de fumer.

Gouvernement espagnol et services des douanes du ministère des Finances et de l'Administration publique

L'Espagne est l'un des rares (7) pays du monde à avoir ratifié le Protocole pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. Le gouvernement espagnol s'attache depuis longtemps à lutter contre le commerce illicite des produits du tabac, ce qui, entre 1996 et 2010, a entraîné une forte réduction des produits de contrebande disponibles. De tels efforts doivent être renforcés, car il y a eu une recrudescence ces dernières années.

Dans les années 90, des marques internationales de cigarettes ont été une source clé de contrebande en Espagne. De 4 millions d'euros entre 1993 et 1996, les moyens investis par l'Espagne pour lutter contre la contrebande de cigarettes sont passés à près de 40 millions d'euros entre 1996 et 2000. Au cours des mêmes périodes, la part de marché des cigarettes de contrebande a diminué, passant de 16 % à 2 %, et les recettes fiscales sur les cigarettes ont augmenté, passant de 2,3 milliards d'euros à 5,2 milliards d'euros. Un investissement de 44 millions d'euros a débouché sur une augmentation des recettes de près de 3 milliards d'euros. Selon les autorités douanières espagnoles, leur succès est dû à la réduction de l'offre arrivant dans le pays sous forme de conteneurs grâce aux activités des services de renseignement et des autorités de la douane et à une meilleure coopération et de meilleures technologies au niveau national et européen. En 2010, un vaste groupe criminel structuré responsable de la contrebande de cigarettes vers l'Espagne et le Portugal, en provenance de Chine, a été détecté dans le cadre d'enquêtes en Espagne. Ce groupe était également soupçonné de blanchir les profits de ces activités illégales. En conséquence, il a été démantelé. Depuis 2010, la quantité de tabac de contrebande a légèrement augmenté, quoique les autorités espagnoles, aux côté de l'Union européenne, devraient réussir à endiguer une fois de plus le commerce illicite des produits du tabac.