La Turquie revient sur son projet d’assouplissement de la législation antitabac

WHO

L’OMS et des spécialistes universitaires de la santé s’opposent fermement à la nouvelle stratégie proposée par l’industrie du tabac lors d’une conférence de presse à Ankara (Turquie).

Dans une déclaration publique faite le 17 octobre 2017 à la Commission pour la planification et le budget de la Grande Assemblée nationale turque, le ministre des Finances Naci Ağbal a proclamé le retrait du projet visant à autoriser l’importation et la production en Turquie de produits du tabac sans combustion et d’inhalateurs électroniques de nicotine (ENDS). Il a confirmé que ces produits ne seraient ni vendus ni fabriqués dans ce pays.

Cette annonce a fait suite à une conférence de presse et à une vive réaction de la population face aux menaces que représentent les propositions, par l’industrie du tabac, de commencer à importer et à produire des dispositifs sans combustion et des ENDS en Turquie. Lors de la conférence de presse, qui s’est tenue le 17 octobre à Ankara (Turquie), l’OMS et d’éminents universitaires et spécialistes de la santé ont condamné conjointement la nouvelle stratégie proposée par l’industrie du tabac.

L’OMS, le monde universitaire et les spécialistes de la santé répondent aux arguments de l’industrie du tabac

Cette conférence de presse avait été convoquée en réaction à l’annonce faite plus tôt par le fabricant de tabac Philip Morris International, qui avait déclaré son intention de soutenir la création d’une nouvelle entité, la Fondation pour un monde sans fumée. Dans le cadre de cette initiative, l’industrie du tabac prévoyait de lancer une nouvelle gamme de produits nocifs.

Ces produits sans combustion et inhalateurs électroniques constituent de sérieux défis pour la santé publique en raison de leur teneur élevée en nicotine. Les cigarettes électroniques, l’un des plus populaires produits de ce type, sont des appareils qui ne brûlent pas ou n’utilisent pas de feuilles de tabac, mais vaporisent plutôt une solution que les utilisateurs inhalent. Ces dernières années, la consommation de ces produits a augmenté à un rythme alarmant chez les adolescents et jeunes adultes, ce qui fait grimper la probabilité d’un accroissement du nombre de fumeurs de cigarettes à l’avenir.

Précisant qu’il faut se prémunir contre les risques d’un assouplissement des lois antitabac, le représentant de l’OMS en Turquie, le docteur Pavel Ursu, a souligné l’importance des engagements politiques pris dans le cadre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. Évoquant la modification envisagée de la loi sur l’organisation et les devoirs de l’Autorité de régulation du marché du tabac et de l’alcool, il a déclaré : « Nous voudrions souligner que les amendements proposés vont clairement à l’encontre du consensus mondial... Pour que la Turquie continue à enregistrer des succès dans la lutte antitabac, nous avons besoin d’un engagement ferme de la part de toutes les parties prenantes, rejetant l’influence récente de l’industrie du tabac. »

Au cours de la conférence de presse, des spécialistes de la santé et des universitaires se sont alliés à l’OMS pour faire front commun contre l’industrie du tabac. Le professeur Mustafa Necmi İlhan, doyen de la Faculté des sciences de la santé de l’Université Gazi, a souligné à quel point il est important que tous les acteurs concernés participent à une réaction musclée contre l’industrie du tabac. « Pour être en mesure de lutter contre ces efforts, le gouvernement doit travailler main dans la main avec les universitaires et les organisations non gouvernementales pendant la formulation de nos politiques nationales », a-t-il dit.

Au sujet des efforts déployés par l’industrie du tabac pour dissimuler les effets sanitaires réels de ces nouveaux produits, le professeur Hilal Özcebe, spécialiste de la santé publique et professeur à l’Université Hacettepe, a fait remarquer : « L’industrie du tabac affirme que les produits électroniques ont moins d’effets négatifs sur la santé publique, mais il s’agit d’un argument totalement faux. Les dispositifs électroniques contiennent autant de nicotine que des produits largement utilisés [tels que les cigarettes] ; ils provoquent des troubles vasculaires et des maladies cardiovasculaires similaires ».

M. İdris Baykan, qui dirige la branche d’Ankara de la Société turque du Croissant Vert, a souligné les efforts remarquables consentis ces 10 dernières années par la Turquie afin de mettre en œuvre la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. Il a insisté sur le fait que de tels progrès n’ont pas été enregistrés avec le soutien de fondations financées par l’industrie du tabac, mais plutôt « en sensibilisant l’opinion publique, avec le soutien du gouvernement turc, de la société civile et d’organisations telles que le Croissant Vert ».

La Turquie parmi les pays chefs de file dans la lutte mondiale contre le tabac

L’épidémie de tabagisme est l’une des plus grandes menaces pour la santé publique que le monde ait jamais affrontée. Elle tue chaque année plus de 7 millions de personnes dans le monde. Plus de 6 millions de ces décès sont dus au tabagisme actif, tandis qu’environ 890 000 décès résultent d’une exposition de non-fumeurs à la fumée de tabac. Afin de lutter contre cette épidémie mondiale, la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac est entrée en vigueur en février 2005.

En 2004, la Turquie est devenue l’un des premiers pays au monde à la ratifier. À la suite de cette ratification, la Turquie a réalisé de grands progrès dans la mise en œuvre du traité, ménageant des espaces non fumeurs dans les restaurants, bars et cafés, augmentant progressivement les taxes sur les produits du tabac et apposant des mises en garde sanitaires illustrées sur les paquets de cigarettes. Cet engagement politique soutenu en faveur de la lutte antitabac a fait de la Turquie un chef de file mondial de la lutte antitabac et un important exemple de mise en œuvre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.