Premiers secours psychologiques : une aide immédiate en situation d’urgence

WHO

Bisher Hussein pénètre dans l’établissement de santé mentale et d’encadrement psychosocial où il passera la journée en réunion avec des patients et des stagiaires.

La Journée mondiale de la santé mentale 2016 a pour thème les premiers secours psychologiques – l’importante aide de premier niveau en matière de santé mentale et d’encadrement psychosocial pour personnes touchées par des crises (il peut s’agir de guerres, de catastrophes ou d’autres types de traumatismes, tels qu’un accident ou une agression). Malgré son nom, l’aide psychologique de première urgence couvre à la fois le soutien psychologique et social.

Les soins de santé mentale et l’encadrement psychosocial revêtent de nombreuses formes et peuvent être dispensés par de nombreuses personnes se trouvant en bonne position pour aider : personnel de santé, enseignants, pompiers, agents de proximité, etc. Ceci est l’histoire d’un homme qui s’est consacré à satisfaire les besoins en soins de santé mentale des personnes ayant fui le conflit syrien en Turquie.

Soins de santé mentale et soutien psychosocial pour les réfugiés syriens en Turquie

À l’aube, Bisher Hussein pénètre dans l’établissement de santé mentale et d’encadrement psychosocial où il passera la journée en réunion avec des patients et des stagiaires. Il vérifie que tout est prêt pour cette longue journée, et règle les chaises où il s’assiéra aux côtés de ses patients, de manière à ce qu’ils se sentent à l’aise pour confier leurs plus intimes pensées. Aujourd’hui, comme la plupart du temps, une série de consultations est prévue avec des réfugiés syriens qui ont été obligés de fuir leur foyer. Beaucoup ont tout perdu, y compris les êtres qui leur étaient chers. « Mon travail est de les rendre à la vie », explique Hussein.

Avant le conflit, Hussein a, pendant 4 ans, géré un centre à Damas, où il s’est spécialisé dans les problèmes de développement chez les enfants. Lorsque le conflit s’est déclaré, il a commencé à travailler également avec des adultes, en raison du besoin croissant de services de santé mentale. En 2012, Hussein a pris la décision de quitter son pays pour la Turquie, où il espérait aider sa communauté grâce à son expérience dans le domaine de la santé mentale.

« Quand je suis parti, je n’avais que 500 USD pour entamer une nouvelle vie », relate-t-il. Il a travaillé à la mise en œuvre d’un projet de santé mentale dans la province de Şanlıurfa, l’une des provinces qui accueillent le plus de réfugiés en Turquie. « J’étais très heureux et impatient de recommencer à travailler. Malheureusement, le projet a pris fin après 2 semaines seulement, par manque de fonds. » Le manque de fonds pour des projets de santé mentale était un problème persistant, mais finalement, il a pu ouvrir, avec un collègue, un petit centre dispensant spécifiquement des services de santé mentale et une aide psychosociale aux enfants. En l’espace de 2 ans, ils ont travaillé avec plusieurs écoles pour atteindre 5 000 enfants et leur famille.

Au début de 2014, Hussein a rejoint une équipe plus importante dans un centre de santé mentale et d’aide psychosociale, à Gaziantep (Turquie), où il travaille toujours aujourd’hui, principalement avec des réfugiés syriens. Il est également l’un des responsables de la mise en œuvre du programme de santé mentale mhGAP de l’Organisation mondiale de la santé, mené par l’unité de terrain de l’OMS à Gaziantep. Ce programme vise à garantir que les services de santé mentale et d’aide psychosociale soient à la portée de tous les réfugiés, surtout quand les ressources sont maigres et que la capacité de dispenser des soins est limitée. Dans ce contexte, Hussein et les autres professionnels de la santé mentale et de l’aide psychosociale appliquent le protocole de premiers secours en matière d’aide psychosociale élaboré par l’OMS. Grâce à celui-ci, ils peuvent transférer les patients vers des services sociaux essentiels au sein de la communauté locale, assurer un traitement de suivi ou fournir aux patients des médicaments et, si nécessaire, les aiguiller vers un spécialiste.

Hussein explique qu’il est très difficile de tendre la main aux personnes ayant besoin d’un soutien de santé mentale et d’une aide psychosociale : « Il y a toujours une stigmatisation. Cela empêche les gens de demander de l’aide, car ils ont peur d’être stigmatisés par leur famille, leurs amis, leurs collègues, ou dans leur quartier. Une autre difficulté est le fait que certaines personnes ne sont pas conscientes de ce qu’elles sont en train de vivre. Ou, même si elles en sont conscientes, certaines ne savent pas comment obtenir l’aide dont elles ont besoin. »

Cela n’a pas été un parcours de tout repos, mais Hussein est fier des efforts qu’il a consentis pour aider les autres réfugiés syriens en Turquie. « C’est bien du travail humanitaire », dit-il. « Mais le travail humanitaire n’est pas seulement une réaction à une situation d’urgence. Il continue quel que soit le moment ou le lieu où une quelconque personne a besoin de notre aide. Aussi longtemps que les gens auront besoin de mes services, je continuerai. »