L’obésité, « la nouvelle norme » : 1ère journée de la conférence sur la nutrition et les maladies non transmissibles

Dale Wightman

Fun physical activity was brought to the centre of Vienna during the flash mob event on 4 July 2013

Lors de la première journée de la Conférence ministérielle européenne de l’OMS sur la nutrition et les maladies non transmissibles dans le contexte de Santé 2020, les participants ont convenu qu’une ferme volonté politique, une collaboration intersectorielle et des mesures stratégiques (notamment d’ordre réglementaire ainsi que l’amélioration des données et des bases factuelles) s’imposent d’urgence pour endiguer l’épidémie de maladies non transmissibles liées à la nutrition.

Au cours de la séance inaugurale, Alois Stöger, ministre fédéral autrichien de la Santé, a rappelé les principes de Santé 2020, et souligné l’importance d’adopter des politiques qui atteignent les populations, sur leurs lieux de vie, d’étude et d’apprentissage, pour qu’elles jouissent d’une même égalité des chances et puissent dès lors naturellement opter pour les choix les plus sains.
Dans un message vidéo, Margaret Chan, directeur général de l’OMS, explique que les produits de l’industrie alimentaire sont d’une « saveur tellement irrésistible » qu’ils nous encouragent à en consommer plus que nécessaire pour assouvir notre faim. L’obésité observée dans l’ensemble de la population est révélatrice d’un dysfonctionnement au niveau environnemental, a-t-elle ajouté.

La Conférence réunit des délégations de 47 États membres de la Région européenne de l’OMS, dont 28 délégations ministérielles, et leur présence témoigne de la reconnaissance de la gravité des défis auxquels est confrontée la Région en matière de nutrition, et de la volonté des pays de les relever.
S’adressant en séance plénière, le président autrichien, M. Heinz Fischer, a déclaré « qu’un engagement et une volonté politiques fermes ainsi qu’un leadership résolu au niveau intersectoriel sont nécessaires pour créer une dynamique suffisante permettant de vaincre les maladies non transmissibles. Les pouvoirs publics doivent incorporer à leurs politiques au niveau pangouvernemental des décisions orientées vers l’avenir en matière de santé. »

Mise en œuvre des politiques dans le domaine de la nutrition et de l’activité physique

Faisant allusion à l’application des politiques dans la Région, Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe, a mis en évidence l’importante diversité des politiques relatives à la nutrition et à l’activité physique. Les pays parviennent à adopter des directives diététiques et à assurer une information et une éducation nutritionnelles, et ont réalisé des progrès dans des domaines tels que la réduction du marketing des aliments ciblant les enfants et la fourniture de fruits et légumes aux établissements scolaires.

« Cependant, là où le plus grand nombre de pays n’ont signalé aucune action de leur part, c’est au niveau de la prise de mesures politiques exigeant davantage d’intervention de l’État, comme par exemple celles influant sur le prix des aliments et relatives à l’utilisation d’un étiquetage nutritionnel à code couleur », a ajouté Mme Jakab.

Dans son discours-programme prononcé lors de la première table ronde ministérielle, le professeur Philip James du Royaume-Uni a évoqué la nécessité d’adopter une combinaison de politiques pour lutter contre les niveaux croissants de surcharge pondérale. Il a expliqué que « l’obésité constitue désormais la réaction biologique passive « normale » à l’évolution de notre environnement physique et de notre contexte alimentaire ».

Il a fait remarquer que si les campagnes médiatiques s’avèrent les moins efficaces pour combattre l’obésité, une combinaison de mesures d’ordre réglementaire et relatives à l’étiquetage des aliments et à la pratique d’activités nutritionnelles dans les écoles donne des résultats probants. « Nous devons modifier notre approche vis-à-vis de l’alimentation, en utilisant tous les moyens dont disposent les pouvoirs publics, à savoir la politique fiscale, les réglementations et la politique commerciale. Si nous pouvions y parvenir, nous constituerions un exemple pour le reste du monde », a-t-il conclu.

Politique nutritionnelle : considérations nationales

Lors de la table ronde qui a suivi, les ministres et les autres participants de haut niveau ont fait état des interventions politiques mises en œuvre dans leur pays, et réfléchi au besoin de réglementer les produits alimentaires.

  • La Slovénie avait adopté sa première politique relative à l’alimentation saine en 2005, puis sur l’activité physique deux ans plus tard, et appliquerait l’année prochaine un nouveau programme visant la promotion de la consommation de fruits dans 90 % des écoles.
  • La Finlande a souligné l’importance de la promotion de la santé et notamment la santé dans toutes les politiques.
  • La France a mis en place une série de mesures pour améliorer les activités sportives chez les jeunes, axées sur le mode de déplacement des populations en milieu urbain, et encouragé les professionnels de santé à prescrire de l’activité physique à leurs patients. Ces mesures mettent en exergue les responsabilités incombant aux communautés et aux collectivités concernant l’instauration d’un environnement approprié.
  • L’Ukraine a remercié l’OMS/Europe pour son aide à l’élaboration de son plan d’action sur les maladies non transmissibles. Le pays a en effet adopté des réglementations en vue de réduire la consommation de sel et de matières grasses trans, et lancé des campagnes d’information au public et de formation des spécialistes de la santé.
  • Une grande partie de sa population étant âgée de moins de 30 ans, l’Ouzbékistan a continué d’encourager ses jeunes à être actifs physiquement, une longue tradition dans ce pays. Le pays avait récemment adopté de nouvelles lois sur la sécurité alimentaire, les micronutriments, le tabac et l’alcool.
  • La République de Moldova a tenu son premier forum national sur la santé en 2012, afin que ses partenaires clés puissent mieux comprendre les problèmes de santé et adopter une approche holistique à cet égard. 

Sur la question de savoir si l’industrie alimentaire doit être réglementée ou soumise à des accords volontaires, beaucoup d’entre eux ont expliqué que la réglementation est plus efficace, un fait d’ailleurs scientifiquement prouvé. Plusieurs participants ont indiqué que la réglementation permet à l’industrie de mieux cerner les enjeux, étant donné que tout le monde est soumis aux mêmes règles. Certains estiment qu’une combinaison de règlements et d’incitants, grâce auxquels l’industrie peut notamment commercialiser ses aliments sains, est nécessaire, et l’importance de faire participer le public au mouvement de mobilisation en faveur du changement a été mentionnée.

Adoption de politiques spécifiques en vue de lutter contre les maladies non transmissibles liées à l’alimentation

Au cours d’une séance organisée dans l’après-midi, le professeur Carlos A. Monteiro du Brésil a évoqué le cas des « aliments ultratransformés ». Ceux-ci ont généralement une teneur moindre en protéines, en fibres alimentaires et en potassium, mais sont plus riches en sucre libre, en sel et en matières grasses saturées et trans totales que les aliments moins transformés. Ils encouragent l’adoption d’habitudes peu saines, qu’il s’agisse de la consommation d’aliments tout en se déplaçant, de snacks et d’en-cas, ou de « frénésies alimentaires ». Les aliments ultratransformés sont très largement commercialisés en Europe.

Le professeur Monteiro a fait valoir que les pouvoirs publics doivent mettre en place des politiques fiscales pour rendre ces aliments moins accessibles, ainsi que des politiques visant à soutenir les systèmes et régimes alimentaires traditionnels, ainsi que l’allaitement maternel.

Suite à une table ronde ministérielle, on est arrivé à la principale conclusion selon laquelle l’adoption d’une réglementation stricte et la mise en place d’une surveillance fiable sont tout aussi importantes pour lutter contre les maladies non transmissibles liées à l’alimentation.

Une flash mob pour le yoga

Plus de 100 amateurs de yoga et passants ont participé à une flash mob libre sur la Heldenplatz de Vienne au cours de la journée, afin de mettre en évidence l’aspect ludique de l’activité physique qui peut facilement s’intégrer aux tâches quotidiennes et rassembler des personnes de tous âges.

Conférence de presse

Des représentants de plus de 20 agences médiatiques nationales et internationales ont assisté à la conférence de presse ce matin. Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe, a expliqué que si elle envisageait avec optimisme la lutte contre l’épidémie d’obésité dans la Région européenne, les pouvoirs publics doivent à cette fin adopter des lois relatives au prix et à l’étiquetage des aliments, et l’industrie doit contribuer à la formulation et à l’étiquetage des produits, et cesser de commercialiser des aliments à teneur élevée en matières grasses, en sucre et en sel à l’intention des enfants. Alois Stöger, ministre fédéral autrichien de la Santé, a fait part aux journalistes de la perspective nationale à cet égard.

20 minutes et questions : le sel, le sucre, les matières grasses

Lors d’une séance organisée à l’heure du déjeuner, Michael Moss, journaliste au New York Times et lauréat du Prix Pulitzer, a évoqué les tactiques de l’industrie alimentaire concernant la composition des aliments. Faisant valoir que l’industrie ajoute du sucre, des matières grasses et du sel afin de rendre ses produits plus attrayants, et donc dégager davantage de profit, il a observé « que les produits riches en sel, en sucre et en matières grasses induisent une alimentation impulsive tout aussi puissante que la consommation de certaines drogues ».

Il a expliqué que le sucre est caché dans un nombre inattendu d’aliments transformés, comme le pain, les yaourts et les sauces pour pâtes, pour susciter l’envie, donner l’appétit de grignoter et vouloir en consommer davantage, pour reprendre les termes de l’industrie. D’après lui, les enfants s’attendent ensuite à ce que tous les aliments soient sucrés.

Séance privée sur la Déclaration de Vienne

La journée s’est terminée par une séance privée pour examiner le projet de déclaration de Vienne, un engagement pris par les États membres afin d’adopter des politiques efficaces pour lutter contre les maladies non transmissibles liées à la nutrition.

À l’ordre du jour du 5 juillet 2013

  • Obésité infantile et inégalités
  • Suivi et surveillance des maladies non transmissibles en rapport avec une mauvaise alimentation et la sédentarité
  • Maladies non transmissibles et rôle du secteur privé
  • La Déclaration de Vienne