Professeur Devi Sridhar, Université d’Édimbourg, Écosse (Royaume-Uni)

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Professeur Devi Sridhar, Université d’Édimbourg, Écosse (Royaume-Uni)

24-05-2018

La réunion de haut niveau « Des systèmes de santé pour la prospérité et la solidarité : ne laisser personne de côté » s’articule autour du thème « inclure, investir, innover ». « Inclure » signifie améliorer la couverture, l’accès et la protection financière pour tous, « investir » fait référence aux arguments en faveur de l’investissement dans les systèmes de santé et, enfin, « innover » consiste à exploiter les innovations et les systèmes en vue de répondre aux besoins de la population.

Dans ce contexte, quels sont, selon vous, les plus grands défis auxquels seront confrontés les systèmes de santé au cours de ces quelque 20 prochaines années ? Et quelles sont aussi les principales opportunités ?

Professeur Devi Sridhar, professeur de santé publique mondiale, Université d’Édimbourg, Écosse (Royaume-Uni)

À mon avis, les plus grands défis pour les systèmes de santé sont, premièrement, de pouvoir financer les soins de santé primaires et l’infrastructure de base. Cela signifie que nous devons continuer à mener un combat politique afin de garantir un investissement suffisant dans les services de santé partout dans le monde, et parvenir à une couverture sanitaire universelle qui soit à la fois accessible et de haute qualité.

Deuxièmement, le vieillissement de la population, combiné à l’urbanisation et à l’action des industries puissantes qui injectent des produits peu sains sur les marchés mondiaux, a entraîné une augmentation des maladies chroniques. Même les personnes relativement jeunes souffrent de maladies chroniques comme le cancer, le diabète, les maladies cardiaques et l’hypertension artérielle. La prévention de ces morbidités constitue un défi pour le système de santé dans son ensemble, étant donné que les principaux facteurs à leur origine sont le tabagisme, l’abus d’alcool, la sédentarité et le surpoids/l’obésité.

Troisièmement, les infections pharmacorésistantes constituent une menace croissante – et terrifiante, et les médicaments habituellement utilisés lors des opérations chirurgicales ou pendant l’accouchement, ou pour traiter les patients atteints de tuberculose et d’autres maladies infectieuses, ne sont plus efficaces. Comment les systèmes de santé peuvent-ils faire face, d’une part, à l’insuffisance d’antibiotiques chez certains groupes de population, comme les enfants souffrant de pneumonie, et, d’autre part, à une surconsommation de ces médicaments ailleurs ?

Malgré tout, de grandes opportunités se présenteront également dans les années à venir. Les responsables de l’Organisation mondiale de la santé, de la Banque mondiale, du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, de la Fondation Bill et Melinda Gates et du Wellcome Trust font preuve de leadership à l’échelle mondiale. Ils reconnaissent en effet que les systèmes de santé constituent une priorité fondamentale, et doivent bénéficier d’un soutien constant et robuste.

On constate en outre que les chefs de gouvernement du monde entier reconnaissent le rôle important joué par les systèmes de santé dans la prévention des pandémies, la réduction des infections pharmacorésistantes, et la prestation de soins vitaux aux femmes et aux nouveau-nés pendant l’accouchement. On a établi un lien entre, d’une part, les systèmes de santé et, d’autre part, la productivité économique nationale, la sécurité et les droits de l’homme.

Enfin, du Royaume-Uni et des États-Unis à l’Inde et au Sénégal, les citoyens se mobilisent davantage pour les soins de santé, de sorte que ces derniers constituent un enjeu électoral important, et que les hommes et femmes politiques doivent passer de la rhétorique à la réalisation de changements réels sur le terrain.