Professeur Sheila Leatherman, Université de Caroline du Nord (États-Unis)

WHO/S. Leatherman

Professeur Sheila Leatherman, Université de Caroline du Nord (États-Unis)

24-05-2018

La réunion de haut niveau « Des systèmes de santé pour la prospérité et la solidarité : ne laisser personne de côté » s’articule autour du thème « inclure, investir, innover ». « Inclure » signifie améliorer la couverture, l’accès et la protection financière pour tous, « investir » fait référence aux arguments en faveur de l’investissement dans les systèmes de santé et, enfin, « innover » consiste à exploiter les innovations et les systèmes en vue de répondre aux besoins de la population.

Dans ce contexte, quels sont, selon vous, les plus grands défis auxquels seront confrontés les systèmes de santé au cours de ces quelque 20 prochaines années ? Et quelles sont aussi les principales opportunités ?

Professeur Sheila Leatherman, professeur de recherche, Université de Caroline du Nord (États-Unis)

Parlant d’inclusion, les statistiques sont frappantes, et n’indiquent aucune amélioration : plus de 3,5 milliards de personnes, soit plus de la moitié de la population mondiale, se passent désormais de services de santé essentiels en raison de leur coût. Deux milliards de personnes vivent dans des pays où les résultats en matière de développement et leur propre accès aux soins de santé sont soumis à une adversité extrême. La Banque mondiale qualifie ces pays de fragiles, de conflictuels et de violents. D’ici 2030, près de la moitié des personnes extrêmement pauvres du monde vivront dans de telles situations.

Pour parvenir à la couverture sanitaire universelle, il importe de consacrer les ressources à des soins pour tous fondés sur des données probantes. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter les soins, comme on le pense souvent, mais aussi d’éliminer les soins inutiles, le gaspillage et la surutilisation de divers types de technologies ou de services de soins de santé qui ne procurent aucun avantage, et peuvent en fait exposer les populations à des risques ou à des préjudices inutiles associés aux soins médicaux.

La santé et la productivité sont inextricablement liées. Les pouvoirs publics ont donc 2 raisons d’investir. Sans la santé, la productivité individuelle est compromise, et tous les gains économiques réalisés par les ménages sont très vulnérables aux chocs sanitaires, que ce soit dans les pays à revenu élevé, intermédiaire ou faible. Ce lien inextricable entre la santé et la productivité doit être reconnu par les gouvernements pour que ceux-ci investissent.

Enfin, en ce qui concerne l’innovation, j’estime que porter notre attention collective sur la prestation efficace des services essentiels (l’eau salubre, les sources d’énergie sûres et stables, l’approvisionnement fiable en médicaments, les laboratoires et les agents de santé compétents) s’avérerait être un acte innovateur. La prestation de ces services essentiels constitue toujours un important problème dans une grande partie du monde, même dans la Région européenne de l’OMS.