Beaucoup d’Européens ne peuvent se permettre les paiements directs pour la santé, en particulier pour les médicaments

Que se passe-t-il lorsque l’on doit payer de sa poche les services de santé ? Publiée à l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2019, une nouvelle étude de l’OMS révèle que certaines personnes se heurtent à des problèmes d’accès et renoncent au traitement en raison de leur coût, assument les coûts mais en subissent les conséquences financières, ou subissent ces deux revers, même dans les pays européens les plus riches.

Le nouveau rapport de l’OMS, qui s’appuie sur les contributions d’experts nationaux de 24 pays, met en évidence les faits suivants :

  • entre 1 et 9 % des ménages européens sombrent dans la pauvreté, ou s’y enfoncent davantage, après avoir réglé leur quote-part des frais de santé ;
  • entre 1 et 17 % des ménages connaissent des dépenses de santé catastrophiques qui peuvent les empêcher de satisfaire d’autres besoins fondamentaux tels que l’alimentation, le logement et le chauffage ;
  • les dépenses de santé catastrophiques concernent toujours et surtout les 20 % des Européens les plus pauvres ;
  • les dépenses de santé catastrophiques sont principalement dues aux paiements directs à la charge du patient afin de se procurer des médicaments pour les soins ambulatoires.

Le rapport compile pour la première fois des données sur les difficultés financières et les besoins non satisfaits. Il montre que la proportion de personnes qui renoncent aux services de santé dont elles ont besoin, y compris les médicaments prescrits, est élevée dans les pays où la protection financière est faible.

Les paiements directs compromettent les progrès réalisés par les pays en vue de parvenir à la couverture sanitaire universelle

Permettre à chacun d’utiliser les services de santé de qualité sans éprouver de difficultés financières constitue l’un des objectifs de développement durable que tous les pays se sont engagés à atteindre d’ici 2030. C’est aussi une priorité pour l’OMS.

« Il est en effet inconcevable aujourd’hui qu’on doive sombrer dans la pauvreté pour se payer le traitement dont on a besoin », déclare le docteur Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe. « L’Europe a toujours reconnu le droit et l’accès équitable à la santé pour tous. Ce rapport, la première analyse complète de la protection financière dans notre Région, recense les importantes lacunes de couverture que les pays doivent combler afin de réduire les besoins non satisfaits et les difficultés financières, en particulier chez les ménages les plus démunis. »

Une multitude de bonnes pratiques en Europe

« L’une des caractéristiques les plus utiles du rapport est qu’il va au-delà des chiffres pour analyser les politiques à l’origine d’une protection financière plus forte ou plus faible au niveau des pays, ce qui nous permet de tirer des conclusions sur la manière de progresser », déclare le docteur Tamás Evetovits, chef du Bureau de l’OMS pour le renforcement des systèmes de santé à Barcelone.

Les pays dotés d’une solide protection financière offrent des exemples à la fois positifs et pertinents pour les responsables politiques de la Région, notamment :

  • l’utilisation d’exemptions et d’un plafonnement pour assurer une protection contre le paiement des quotes-parts ;
  • la couverture d’un large éventail de médicaments essentiels pour les soins hospitaliers et ambulatoires dans le programme de prestations ;
  • la prise en compte des critères de résidence au lieu de ceux relatifs à l’emploi ou au versement de cotisations pour le droit aux services de santé financés par des fonds publics.

Les paiements à charge du patient doivent absolument faire l’objet d’une meilleure politique

Les pays dont la protection financière est faible peuvent revoir leur politique en matière de paiements à charge du patient afin d’améliorer la protection des groupes les moins favorisés et des usagers réguliers des services de santé. « Une première étape importante consiste à prévoir des exemptions pour les bénéficiaires de prestations sociales, un groupe particulièrement vulnérable mais relativement facile à identifier », explique le docteur Sarah Thomson, spécialiste principale du financement de la santé au Bureau de l’OMS à Barcelone et principal auteur du rapport.

Dans certains de ces pays, cependant, il est peu probable que des progrès significatifs soient réalisés sans un investissement public supplémentaire visant l’augmentation du nombre de médicaments repris dans le programme de prestations. En investissant davantage, les pays peuvent étendre les exemptions en matière de paiements directs aux groupes vulnérables n’ayant pas droit aux prestations sociales, de sorte que personne ne soit laissé de côté. Cette initiative est conforme aux engagements régionaux en faveur d’une santé équitable en Europe.

Solidarité et équité, le leitmotiv de la Journée mondiale de la santé

La couverture sanitaire universelle est au centre des activités et des campagnes de la Journée mondiale de la santé de cette année. Si de nombreux États membres de la Région européenne de l’OMS ont accompli d’importants progrès en vue de parvenir à la couverture sanitaire universelle, tous les pays peuvent cependant mieux faire.

Nous devons sans attendre collaborer à l’instauration de la couverture sanitaire universelle. Partout, les acteurs concernés – responsables politiques, membres d’organisations non gouvernementales, agents de santé et patients – peuvent unir leurs forces pour faire de la santé pour tous une réalité.