Lutte contre l’obésité : l’indispensable collaboration entre les secteurs de la santé, du commerce et de l’agriculture
Lutte contre l’obésité : l’indispensable collaboration entre les secteurs de la santé, du commerce et de l’agriculture

Communiqué de presse EURO/04/06
Copenhague et Rome, 17 mai 2006

Comment les politiques agricoles et commerciales peuvent-elles contribuer à promouvoir une alimentation saine ? C'est là une question à laquelle des décideurs politiques de toute l'Europe espèrent trouver des réponses.

Avec le soutien du gouvernement italien, qui les accueillait aujourd'hui à Rome, ils se sont rencontrés pour une consultation du Bureau régional de l'OMS pour l'Europe organisée en collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), afin de débattre du rôle des politiques agricoles et commerciales dans la lutte contre l'obésité.

Le Bureau régional de l'OMS pour l'Europe voudrait que le lien entre la nutrition et les politiques tant agricoles que commerciales soit mieux mis en évidence. Les choix alimentaires sont influencés par la manière dont les aliments sont produits, depuis le stade initial de la production agricole jusqu'à la distribution par le biais de magasins de vente au détail tels que les supermarchés, en passant par la transformation dans l'industrie alimentaire, ainsi que par la nature des denrées importées disponibles dans la Région.

Actuellement, les politiques agricoles et commerciales nationales vont souvent à l'encontre des recommandations de l'OMS. Dans l'ensemble de la Région, les quantités de fruits et de légumes produits ou mis en vente ne permettent pas d'atteindre le niveau de consommation quotidienne conseillé.

Étant donné que les aliments sains sont souvent plus chers que leurs pendants énergétiques issus de l'industrie de transformation, on peut constater une disparité nutritionnelle non seulement d'un pays et d'une zone à l'autre, mais aussi entre les divers groupes démographiques, car les personnes appartenant à des groupes socioéconomiques défavorisés sont plus susceptibles de consommer des produits mauvais pour la santé.

« Le fait que les classes les plus pauvres de la société sont les plus affectées par la surcharge pondérale et l'obésité, et que ces dernières ont des conséquences à long terme sur l'un des groupes sociaux les plus vulnérables - les enfants - est une triste réalité », déclare le docteur Marc Danzon, directeur régional de l'OMS pour l'Europe. « Tout le monde devrait avoir droit à des aliments sains, et les politiques des pouvoirs publics doivent contribuer à les rendre disponibles à un prix abordable en Europe. »

La production insuffisante d'aliments sains et les entraves qui font obstacle à leur commerce affectent certaines zones plus que d'autres, créant des déserts alimentaires où l'offre de ces produits est maigre. Par contre, certaines politiques actuelles contribuent à rendre largement disponibles des produits énergétiques à haute densité, qui jouent un rôle important dans la prévalence accrue de la surcharge pondérale et de l'obésité, ainsi que dans les problèmes de santé et les maladies dues à un style de vie.

Le but de la consultation de Rome est de faciliter un dialogue constructif entre les secteurs de l'agriculture, des affaires commerciales et de la santé publique, et de définir des options stratégiques, telles que la promotion du secteur primaire, les politiques fiscales et certaines recommandations en matière de marketing, pouvant contribuer à lutter contre l'épidémie d'obésité et de maladies non transmissibles connexes. Les participants se pencheront sur des exemples nationaux de liens établis en matière sanitaire et d'options stratégiques ; ils formuleront des recommandations pour la Conférence ministérielle européenne de l'OMS sur la lutte contre l'obésité, qui se déroulera à Istanbul (Turquie), en novembre 2006.

Contexte

L'obésité est l'un des plus grands défis auxquels est confrontée la santé publique au XXIe siècle. Dans de nombreux pays européens, sa prévalence a triplé depuis les années 80, et le nombre des personnes affectées, notamment des enfants, continue à augmenter à un rythme alarmant. Dans diverses parties de la Région européenne de l'OMS - plus que dans n'importe quelle autre région de l'Organisation - l'obésité représente d'ores et déjà entre 2 et 8 % des dépenses de santé et 10 à 13 % des décès.

Le problème est généralement associé à une mauvaise alimentation et à un manque d'exercice physique. Au-delà des comportements individuels, toutefois, il est aussi et de plus en plus lié à des politiques et à une évolution socioéconomiques, par exemple en matière d'agriculture, de transport, d'urbanisme, d'environnement, de distribution, transformation et marketing des aliments, et d'enseignement.

Il incombe à la fois à la société et aux pouvoirs publics de juguler l'épidémie. Les stratégies devraient faire intervenir différents secteurs des pouvoirs publics, la société civile, le secteur privé et d'autres acteurs concernés.

En réaction au problème naissant posé par les maladies liées au mode d'alimentation, une consultation d'experts OMS/FAO sur l'alimentation, la nutrition et la prévention des maladies chroniques s'est tenue en 2002. En mai 2004, les États membres de l'OMS ont adopté la Stratégie mondiale sur l'alimentation, l'exercice physique et la santé lors de la Cinquante-septième Assemblée mondiale de la santé, où il a été déclaré que les politiques alimentaires et agricoles nationales doivent être compatibles avec la protection et la promotion de la santé publique. Lors de sa 18e session, en 2004, le Comité de l'agriculture de la FAO a proposé de réagir à la Série de Rapports techniques no  9161 en requérant une évaluation approfondie des liens entre la modification des habitudes alimentaires et les maladies non transmissibles, des éventuels effets des systèmes de production agricole, du commerce de denrées, et de l'évolution de la demande en la matière, ainsi que de l'impact possible de la diversification sur l'approvisionnement, en tenant compte des spécificités de chaque pays, de chaque groupe démographique et de chaque type d'habitudes alimentaires.

Pour faciliter encore davantage la prise de mesures dans la Région, le Bureau régional de l'OMS pour l'Europe tiendra du 15 au 17 novembre 2006 à Istanbul une Conférence ministérielle sur la lutte contre l'obésité dont l'organisation sera prise en charge par le gouvernement turc. La Commission européenne est l'un des principaux partenaires de cette conférence, et une collaboration a été entamée à ce sujet avec d'autres organismes internationaux, notamment la FAO, la Banque mondiale et le Conseil de l'Europe.

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Dr Francesco Branca
Conseiller régional, Nutrition et sécurité alimentaire
Bureau régional de l'OMS pour l'Europe
Scherfigsvej 8, DK-2100 Copenhague Ø, Danemark
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1 Régime alimentaire, nutrition et prevention des maladies chroniques. Rapport d'une consultation OMS/FAO d'experts. Genève, Organisation mondiale de la santé, 2003 (Série de Rapports techniques n  916).